Dans la série L'état de l'environnement au Québec
La restauration du parc à résidus miniers abandonné Aldermac
Par Maribelle Provost, directrice générale, Conseil régional de l’environnement de l’Abitibi-Témiscamingue [1] (CREAT), Courriel: maribelleprovost@creat08.ca
Il y a au Québec 55 sites d’entreposage de rejets miniers abandonnés (parcs à résidus miniers). Ils n’ont aucun responsable connu ou solvable car l’entreprise qui en était propriétaire a soit fait faillite, soit cessé ses activités. Le nombre de ces sites miniers « officiellement abandonnés » pourrait même augmenter puisque le gouvernement n’a pas terminé les études légales pour retracer les propriétaires.
Ces parcs abandonnés occupent une superficie de 1500 hectares dont 900 sont recouverts de résidus générateurs de drainage minier acide (DMA)[2]. Les résidus réagissent avec l’air et la pluie pour former de l’acide sulfurique qui s’écoule tranquillement dans la nature. Cela acidifie l’eau des lacs voisins au détriment de la faune et de la flore. Cette eau plus acide contribue aussi à dissoudre dans l'eau des lacs et des rivières les métaux contenus dans la roche.
Même s’il existe des solutions pour freiner cette contamination de l’environnement, la restauration de ces sites pose de sérieux défis techniques et nécessite des investissements importants [3], surtout lorsqu’ils sont abandonnés depuis de nombreuses années.
Comme la majorité des parcs à résidus miniers abandonnés, le parc à résidus miniers Aldermac est en Abitibi-Témiscamingue. La mine a été exploitée entre 1932 et 1943 pour extraire du cuivre, de l’argent, du zinc et de l’or. Il reste aujourd’hui 1,5 million de tonnes de résidus dispersés sur 76 hectares, soit l'équivalent d'environ 150 terrains de football. L’acide sulfurique qui en sort s’écoule dans la rivière et le lac Arnoux qui se déversent dans le lac Dasserat (ou Kanasuta).
Dès 1948, on constatait de graves problèmes environnementaux au parc à résidus miniers Aldermac. Le gouvernement fait alors une série d’études pour documenter la situation et il entreprend de nombreuses démarches légales pour obliger les propriétaires successifs à corriger la situation. Pour circonscrire la contamination, il réalise divers travaux de mitigation en 1996-1997, sans grand succès [4]. Le parc à résidus miniers devient officiellement « abandonné » en 2000 et il est alors rétrocédé à l’État. En 2001, l’Unité de recherche et de service en technologie minérale de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue évalue divers scénarios de restauration à la demande du Conseil régional de développement de l’Abitibi-Témiscamingue : la restauration d’Aldermac coûterait entre 5 et 10 millions de dollars [5].
La restauration d’Aldermac… toute une épopée !
En 2002, Véronique Doucet, artiste multidisciplinaire engagée, découvre l’ancienne mine Aldermac presque par hasard. Elle est fascinée par l’étendue désolée et apocalyptique du parc à résidus. Ce sera pour elle le début d’une longue démarche personnelle et artistique qui alliera art et environnement. Son but? Sensibiliser la population et inciter le gouvernement à restaurer le site qui contamine l’environnement depuis des dizaines d’années.
À l’été 2005, Véronique Doucet organise la plantation symbolique de plusieurs milliers d’arbres sur le site d’Aldermac. Elle organise ensuite l’exposition « Aldermac – Plantation minière » pour présenter des photos de l’événement ainsi qu’une installation et une vidéo expérimentale.
Comme le Conseil régional de l’environnement de l’Abitibi-Témiscamingue (CREAT) organise au même moment un Forum régional sur les sites miniers abandonnés [6] à Rouyn-Noranda, les deux intervenants unissent naturellement leurs efforts pendant deux ans dans une Campagne pour la restauration du parc à résidus miniers abandonnés Aldermac [7]. Ils invitent la population à signer des cartes postales de Véronique Doucet sur le désastre d’Aldermac et à les transmettre au gouvernement québécois. Plus de 3000 cartes postales seront ainsi signées et acheminées au ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, au député de Rouyn-Noranda-Témiscamingue et au ministre des Ressources naturelles et de la Faune.
En juillet 2006, moins d’un an après le début de la Campagne, le ministre des Ressources naturelles et de la Faune (aussi député de Rouyn-Noranda-Témiscamingue) annonce l’octroi de 500 000 $ pour finaliser le plan de restauration d’Aldermac, sans donner la date de début des travaux de restauration [8].
En novembre 2006, plus de cinquante personnes assistent à Rouyn-Noranda à une soirée d’information organisée par le CREAT sur la dégradation du lac Dasserat. Les conférenciers Richard Goulet et Yves Couillard soutiennent que les écoulements acides et chargés de métaux du parc à résidus de la mine Aldermac provoquent une dégradation progressive de la biodiversité du lac Dasserat. Les conférenciers appuient leurs dires sur les conclusions d’une équipe mixte de chercheurs de l'Université de Montréal et de l'Université du Québec à Québec (INRS-ETE) dont ils ont fait partie [9].
Les chercheurs avaient transplanté des moules d’eau douce (Pyganodon grandis) dans le lac Dasserat et dans quatre autres lacs de la région. La majorité des moules transplantées dans le lac Dasserat n’a pas survécu à cause de l’augmentation du cadmium dans l’eau des lacs et dans les moules. Dans le cas du lac Dasserat, le cadmium provient vraisemblablement du parc à résidus miniers Aldermac.
De toute évidence, les effluents du parc à résidus miniers Aldermac dégradaient l’habitat du poisson. Or, nul ne peut modifier l’habitat du poisson, auquel cas, la législation canadienne donne d’importants pouvoirs au gouvernement fédéral pour ordonner des mesures correctrices [10].
Le 5 septembre 2007, après plus de deux ans de mobilisation publique et d’échanges de correspondance avec le ministre des Ressources naturelles et de la Faune Pierre Corbeil et ensuite Claude Béchard, ce dernier promet de commencer bientôt la restauration du site Aldermac dans une lettre à la présidente du CREAT Mme Châteauvert. Il précise que les plans et devis sont pratiquement complétés et que des travaux de 14 millions de dollars devraient débuter au printemps 2008.
Le CREAT se réjouit de cette bonne nouvelle et remercie alors publiquement toutes les personnes qui ont contribué à la Campagne pour la restauration du parc à résidus miniers abandonné Aldermac.
Depuis lors, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune dit avoir demandé un certificat d’autorisation au ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) pour les travaux de restauration d’Aldermac.
Perspectives d’avenir et réflexion
Un parc à résidus minier peut-il, encore aujourd’hui, être abandonné?
Même si la Loi sur les mines a été modifiée en 1995, le gouvernement n’est toujours pas à l’abri de la faillite d’une société minière. En effet, celle-ci peut commencer l’exploitation du site sans verser la garantie financière qui devrait couvrir 70 % des coûts de restauration des aires d’accumulation des résidus. La garantie est plutôt versée graduellement au gouvernement selon un échéancier annuel en fonction des réserves prouvées et probables du gisement et du nombre d’années de production prévues. Même si le gouvernement est mieux protégé qu’autrefois, il arrive encore que des mines soient abandonnées à la suite d’une faillite et rétrocédées à l’État sans que les garanties financières soient suffisantes pour les restaurer.
Le CREAT recommande que le gouvernement exige la totalité des frais de restauration post-fermeture d’une mine avant d’autoriser sa mise en exploitation. Les garanties financières devraient aussi couvrir les coûts de restauration de l’ensemble des terrains perturbés par la compagnie minière et non pas seulement les aires d’accumulation des résidus.
Est-ce que le fardeau financier associé à la restauration des sites miniers abandonnés doit être assumé par la société québécoise?
Le gouvernement a récemment inscrit un montant 203 millions de dollars au passif environnemental des états financiers du Québec afin de pouvoir restaurer en une décennie tous les sites miniers abandonnés. Considérant le prix des métaux sur le marché mondial, le CREAT croit que le gouvernement doit rapidement imposer une nouvelle redevance à l’exploitation minière, au prorata du profit. Ces revenus alimenteraient un fonds de restauration des sites miniers qui ont été abandonnés ou qui le seront.
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[1] Le Conseil régional de l’environnement de l’Abitibi-Témiscamingue (CREAT) est un organisme dont la mission est de protéger l’environnement et de faire la promotion du développement durable en Abitibi-Témiscamingue. Il a été particulièrement actif au cours des dernières années dans les divers dossiers relatifs à l'exploitation minière, en particulier pour la restauration des sites miniers abandonnés. Le CREAT et les conseils régionaux de l’environnement du Québec souhaitent que les activités minières au Québec se fondent sur les principes du développement durable et, notamment, sur la conciliation du respect de l’environnement, de la vitalité économique, de l’épanouissement social ainsi que de l’équité entre les peuples et entre les générations.
[2]Les sites miniers abandonnés au Québec, Johanne Cyr, chimiste, M.Sc., Chargée de projets – restauration des sites miniers, Service du développement et du milieu miniers, Direction du développement minéral, Ressources naturelles et Faune Québec. Présentation lors du Forum sur les sites miniers abandonnés du Conseil régional de l’environnement de l’Abitibi-Témiscamingue, Rouyn-Noranda, juin 2005.
[3] La restauration des sites miniers abandonnés générateurs d’acide, Bruno Bussière, ing., Ph. D. et Abdelkabir Maqsoud, Ph. D., Chaire de recherche du Canada sur la restauration des sites miniers abandonnés, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, bulletin du Conseil régional de l’environnement de l’Abitibi-Témiscamingue, automne 2006.
[4] Unité de recherche et de service en technologie minérale, Rapport final - Développement d’un outil d’optimisation pour la restauration des sites miniers générateurs de DMA : application Aldermac, février 2001.
[5] Unité de recherche et de service en technologie minérale, Rapport final - Développement d’un outil d’optimisation pour la restauration des sites miniers générateurs de DMA : application Aldermac, février 2001.
[6] http://www.creat08.ca/even_mines.php
[6] http://www.creat08.ca/even_aldermac.php
[8] Restauration de sites miniers abandonnés, le ministre Pierre Corbeil et le député Daniel Bernard annoncent la restauration des sites miniers Manitou et Aldermac, Communiqué émis le 3 juillet 2006 par le Cabinet du ministre des Ressources naturelles et de la Faune.
[9] Olivier Perceval, Yves Couillard, Bernadette Pinel-Alloul, Peter G.C. Campbell, Linking changes in subcellular cadmium distribution to growth and mortality rates in transplanted freshwater bivalves (Pyganodon grandis), Aquatic toxicology, vol. 79, no 1, 12 août 2006, pages 87-98.
[10] Article 38.4 de la Loi sur les pêches (L.R., 1985, ch. F-14).

