Aménager un environnement favorable à la santé dans une perspective de développement durable
Christine Blanchette, M. Sc., Agente de planification, programmation et recherche, Direction de santé publique de la Montérégie
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que l’environnement serait responsable d’environ le quart de tous les problèmes de santé dans le monde [1]. Cette interrelation entre la santé et l’environnement est à la base même du développement durable. Ce concept démontre qu’en agissant sur l’environnement dans une perspective à long terme, il est possible de créer des milieux de vie favorables à la santé de l’être humain.
La dégradation de l’environnement et ses effets sur la santé
La nécessité de promouvoir et de maintenir un environnement sain et durable n’est plus à prouver. La dégradation de l’environnement se fait aux dépens de la santé et du bien-être de la population actuelle, mais également aux dépens des générations futures. L’accumulation de produits toxiques dans la chaîne alimentaire, la dégradation des sols et de la qualité de l’eau par les activités agricoles intensives, ainsi que la pollution atmosphérique associée aux développements urbain et industriel, ont des répercussions sur la qualité de l’environnement qui, à son tour, affecte directement ou indirectement la santé et le bien-être des humains.
Les effets de l’environnement sur la santé et le bien-être sont multiples et reposent rarement sur une relation simple et directe. Même si les liens de causalité sont parfois difficiles à établir, en raison notamment du manque de données ou d’outils de mesure adaptés, les effets de l’environnement sur la santé sont de plus en plus connus. Ceux-ci sont particulièrement préoccupants chez les individus plus vulnérables tels les enfants, les personnes âgées et les moins nantis. En témoignent l’accroissement de l’asthme infantile, notamment dans les groupes plus défavorisés, le nombre de décès prématurés imputables aux problèmes cardio-respiratoires chez les personnes âgées ou la progression de certains types de cancers chez les adultes.
La santé au cœur du développement durable
La prise de conscience du lien entre l’environnement et la santé des populations et, par conséquent, de la nécessité de protéger cet environnement dans une perspective à long terme, a donné naissance au concept de développement durable. Ce concept, popularisé par le Rapport Brundtland, établit que le développement durable correspond à « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs » [2]. Dans son Plan de développement durable, le gouvernement du Québec reconnait que ce développement s’appuie sur un « Processus continu d’amélioration des conditions d’existence des populations actuelles qui ne compromet pas la capacité des générations futures de faire de même et qui intègre harmonieusement les dimensions environnementale, sociale et économique du développement ». L’environnement est la condition d’un développement durable, la société est la finalité pour laquelle se fait le développement et l’économie est le moyen pour y parvenir [3].
Le premier principe de la Déclaration de Rio énonce que les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable et que ceux-ci ont droit à une vie saine et productive en harmonie avec la nature [4]. Se retrouve donc encore ici l’interrelation entre la santé (« vie saine ») et l’environnement (« nature »). L’OMS définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, et [qui] ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité » [5]. L’environnement quant à lui peut être divisé en deux grandes catégories : le naturel et le bâti. L’environnement naturel fait référence à l’eau, à l’air, au sol et au sous-sol. L’environnement bâti est représenté par toutes les infrastructures physiques aménagées par l’être humain telles que les maisons, les édifices publics et les routes. Le milieu de vie dans lequel évoluent les humains est la combinaison de ces deux environnements : les lieux où ceux-ci habitent et mènent leurs activités quotidiennes (travail, études, loisirs, etc.), les aménagements et les infrastructures que l’on y trouve ainsi que le paysage dans lequel ces lieux s’insèrent.
L’aménagement du territoire, un levier de changement majeur
Un milieu de vie sain et durable est donc une prémisse au maintien de la santé et au bien-être des individus et des collectivités. L'environnement, naturel et bâti, doit exercer une influence positive et favoriser le plein épanouissement de l’humain peu importe le milieu dans lequel celui-ci évolue. Selon l’OMS, un tel milieu doit être exempt de risques majeurs pour la santé (exemple : pollution chimique, dégradation de l’environnement, catastrophes), remplir les conditions fondamentales pour une vie en bonne santé (exemple : accès à une eau de qualité, conditions d’hygiène et de salubrité adéquates) et faciliter une interaction sociale équitable [6].
Un milieu de vie sain et durable sous-tend la prise en compte d’une multitude de facteurs qui influencent la qualité de ce milieu. Ainsi, l’aménagement du territoire, que ce soit dans la conception des villes et villages ou, à plus petite échelle, des quartiers, est une des principales composantes de l’environnement bâti et a une influence déterminante sur la santé, la sécurité et la qualité de vie des personnes [7], [8]. Par exemple, l’étalement urbain des dernières décennies a eu une incidence directe sur l’utilisation accrue de l’automobile et la détérioration de la qualité de l’air, comme en témoignent les nombreux épisodes de smog, qui leur sont attribuables en partie. De plus, il a été établi que la sur-utilisation de ce moyen de transport individuel a contribué à l’accroissement de l’obésité dans les banlieues du sud des États-Unis [9]. Planifié dans une optique de santé et de bien-être, l’aménagement de quartiers densément habités à fonctions multiples (travail, logement, emplettes, écoles) doit être privilégié. Les choix d’aménagement du territoire, ou l’absence de tels choix, peuvent favoriser des inégalités en matière de santé, limiter l’accès des populations défavorisées à des habitations de qualité ou, à l’inverse, permettre la cohésion sociale des communautés et favoriser l’adoption de saines habitudes de vie [10].
Un aménagement adéquat du territoire permet également d’éloigner les usages sensibles (résidentiel, institutionnel) des usages à risque (industriel, agricole, routier), ce qui limite l’exposition potentielle de la population à des polluants chimiques causant ou pouvant éventuellement causer des problèmes de santé. Les odeurs incommodantes en provenance des lieux d’enfouissement sanitaires ou de l’épandage de déjections animales sur les terres agricoles peuvent, par exemple, provoquer des symptômes physiques divers (nausées, maux de tête et troubles du sommeil), un sentiment de contrariété (devoir limiter les activités à l’extérieur), des troubles de l’humeur, du stress, de l’anxiété et de l’isolement [11], [12]. Quant au bruit généré par les routes et les industries, il est admis que celui-ci est source de stress et de troubles du sommeil pouvant occasionner des effets physiologiques [13]. De plus, même en l’absence d’impacts mesurables sur la santé physique des personnes, les événements touchant l’environnement peuvent être générateurs de conflits sociaux et dégrader le climat social des communautés.
Se mobiliser pour agir
Ces quelques exemples démontrent la nécessité de tenir compte des effets environnementaux et sociaux dans toute stratégie de développement durable. La mobilisation de tous les acteurs de la société, tant les citoyens que les gouvernements et les entreprises, doit permettre d’agir de façon concertée sur le milieu de vie afin de favoriser la santé et le bien-être de l’être humain à court et à long terme.
[1] La santé et l’environnement dans le cadre du développement durable : Résumé d’orientation, [En ligne], (consulté le 7 juillet 2006). (Résumé du rapport intitulé Health and Environment in Sustainable Development : Five years after the Earth Summit, Geneva, World Health Organisation, 1997, 245 p.)
[2] Bruntland, Gro Harlem, Rapport de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement, Nairobi, Nations Unies, 1987, 374 p.
[3] Ministère de l’Environnement du Québec, Plan de développement durable du Québec : document de consultation, Québec, Gouvernement du Québec, 2004, 43 p.
[4] Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement. Principe de gestion des forêts, 3-14 juin 1992, Rio de Janeiro, Brésil, [En ligne], (consulté le 7 juillet 2006).
[5] Préambule à la Constitution de l'Organisation mondiale de la santé tel qu'adopté par la Conférence internationale sur la Santé, New York, 19-22 juin 1946; signé le 22 juillet 1946 par les représentants de 61 États. 1946; (Actes officiels de l'Organisation mondiale de la santé, n° 2, p. 100) et entré en vigueur le 7 avril 1948.
[6] La santé et l’environnement dans le cadre du développement durable : Résumé d’orientation, [En ligne], (consulté le 7 juillet 2006). (Résumé du rapport intitulé Health and Environment in Sustainable Development : Five years after the Earth Summit, Geneva, World Health Organisation, 1997, 245 p.).
[7] Frumkin, H. Urban Sprawl and Public Health , Public Health Report, vol. 117, no3, May-June 2002, p. 201-217.
[8] Bray, R., et autres. Report on Public Health and Urban Sprawl in Ontario : A review of the pertinent literature, 2005, [En ligne]. (consulté le 20 février 2006).
[9] Lopez, R. Urban Sprawl and Risk for Being Overweight or Obese , American Journal of Public Health, vol. 94, no 9, September 2004, p. 1574-1579.
[10] Comité de santé environnementale du Québec. Pour un aménagement du territoire favorable à la santé – Orientations du ministère de la Santé et des Services sociaux en matière d’aménagement du territoire, [s.l.],1998, 41 p.
[11] Gingras, B. Les odeurs reliées aux activités agricoles, dans Bulletin d’information en santé environnementale, 1996, [En ligne].(consulté le 5 janvier 2006).
[12] Jacques, L., et autres. Impacts potentiels sur la santé publique associés à l’implantation de porcheries dans la MRC Le Haut-Saint-Laurent, Longueuil, RRSSS de la Montérégie, 2003, 107 p.
[13] Organisation mondiale de la santé. Le bruit au travail et le bruit ambiant, 2001, [En ligne] [Aide-mémoire No 258] (consulté le 9 septembre 2005).

