Le cohabitat : pour créer un voisinage urbain plus humain et plus écologique
Louis Forget, ing. Cohabitat Québec, Courriel : info@cohabitat.ca
Site : www.cohabitat.ca
Ce texte est une version modifiée d’un texte publié dans le magazine « La maison du 21e siècle »
Vous avez l’impression que les relations avec vos voisins ne sont que l’ombre de ce qu’elles devraient être. Ou encore, vous souhaitez vivre dans une collectivité dynamique. Alors, la solution réside peut-être dans le cohousing! Ce concept d’habitation écologique nous vient du Danemark et est traduit au Québec par le terme de cohabitat.
Le cohousing émerge comme une option alliant tous les pôles du développement durable. En effet, le partage d’infrastructures communes permet de réduire la taille des résidences privées, réduisant d’autant la quantité de matériaux requis. De plus, le fait de s’établir en ville favorise l’accès aux services publics. En plus de limiter l’étalement urbain, cela promeut l’utilisation des transports alternatifs, tels que le vélo, l’autobus, communauto, afin de minimiser, voire d’éliminer le besoin de posséder une voiture.
Une formule novatrice d’habitation
L’ensemble résidentiel du cohabitat permet la conjonction de la vie privée ou du « chacun dans sa maison » et d’un programme de vie en société fondé sur l’entraide, la mise en commun d’espaces et un train d’activités conviviales ou divertissantes. La pierre angulaire du concept est la présence d’une « maison commune » au cœur du développement. Cette infrastructure distincte des résidences privées sert de lieu de rassemblement pour tous les membres du cohabitat. On y prépare et on partage régulièrement des repas communautaires et autres activités. Ceci permet notamment de diminuer le fardeau logistique des familles, de briser le sentiment d’isolement et d’accroître le niveau de connaissance et d’implication de chacun. On retrouve habituellement parmi ces espaces communs : une grande cuisine, une grande salle à manger, un salon, une buanderie, une salle de courrier, une salle de jeux pour les enfants, une ou plusieurs chambres d’invités et des ateliers. Ces infrastructures communes sont un complément à la résidence privée qui est, quant à elle, entièrement autonome avec sa propre cuisine.
Figure 1. Un aménagement typique de cohabitat
Les aires de stationnement de voitures se retrouvent en périphérie des habitations et les gens se rendent à leur résidence en utilisant des chemins piétonniers. Ainsi, cet aménagement favorise les rencontres entre voisins, ce qui crée un sentiment d’appartenance à la communauté et accroît la sécurité puisque tous les résidents se connaissent et s’entraident. La composition des cohabitats est intergénérationnelle, on y retrouve des gens de tous âges et de toutes provenances. On vise une représentativité équivalente à celle de la société en général. Les gens qui y habitent ne vivent pas en autarcie. Ils participent à la vie du quartier qui les entoure, travaillent comme tout le monde et consomment les biens et services offerts dans les commerces et entreprises de la région.
Caractéristiques d’un projet
Les participants à un projet de cohabitat élaborent eux-mêmes tous les aspects de la communauté; qu’il s’agisse de l’organisation de l’aire des résidences, des modalités d’utilisation des équipements en partage ou encore de la fréquence des rencontres. En plus de l’aménagement physique et des infrastructures qui favorisent les rencontres entre voisins, la gestion de l’ensemble est effectuée par les membres. Cette gestion implique les aspects juridiques, financiers et communautaires d’un organisme à but non lucratif. Finalement, le cohabitat présente une structure organisationnelle non hiérarchique et les décisions se prennent généralement par consensus.
Fait à noter, le cohabitat n’est pas un regroupement de condominiums, ni une coopérative d’habitation locative. Toutefois, plusieurs pratiques administratives et juridiques provenant du condominium ou de la coopérative d’habitation peuvent être utilisées par le cohabitat. Ce type de regroupement d’habitations convient bien au milieu urbain, mais peut également voir le jour en région rurale. Dans ce dernier cas, le recrutement peut s’avérer plus ardu, mais pas impossible.
Au lieu d’acquérir une résidence clés en main, les futurs propriétaires s’investissent dès le début du projet et expriment leurs besoins directement aux concepteurs. Il y a donc une interaction continuelle entre les professionnels et le « client collectif ». Ceci peut poser problème si des mécanismes de communication et de prise de décisions très efficaces n’ont pas été clairement établis dès l’embauche des professionnels. Il appartient au groupe de déterminer quelles sont ses capacités en matière de conception de projets immobiliers et de prendre les mesures pour compenser les lacunes identifiées par l’embauche de professionnels spécialisés. Par exemple, si aucun des membres du groupe n’est architecte alors, il faudrait s’adjoindre les services d’un architecte chevronné, de préférence ayant des aptitudes pour travailler avec un client collectif. Il faut noter qu’il existe au Québec des organismes qui regroupent sous un même toit tous les services professionnels reliés à l’habitation : les groupes de ressources techniques (GRT). Les GRT peuvent également prendre en charge d’autres aspects d’un développement immobilier tel que l’établissement du montage financier ou encore la recherche d’un terrain pour la construction. Consultez le site de l’association des GRT http://www.agrtq.qc.ca pour obtenir plus de détails sur leurs services.
Situation du cohabitat au Québec
À l’automne 2004, des citoyens de la Ville de Québec ont proposé de réaliser le premier cohabitat provincial. Notre regroupement s’appelle Cohabitat Québec et nous espérons concrétiser notre projet en 2008. Ailleurs au Québec, quelques projets ont démarré et sont rendus à différents stades de développement. En particulier, l’organisme Archibio souhaite devenir l’instigateur d’un ou de plusieurs projets semblables dans la région de Montréal. Consultez le site de l’organisme Archibio (http://archibio.qc.ca) pour d’autres informations.
Intégration à un projet en marche
La décision de vivre en cohabitat requiert une grande prise de conscience quant au degré d'implication requis et aux profonds changements à apporter dans sa façon de vivre au quotidien. En effet, il ne faut pas se leurrer, le fait de vivre en cohabitat ne convient pas à tous.
Considérant qu’initialement le groupe ne sera pas complet et qu’il y aura donc des fluctuations du nombre de membres tout au long du projet, il faut adopter des règles d’adhésion claires. Dans les phases initiales, une simple démarche d’accompagnement peut suffire. Par exemple, au début du projet Cohabitat Québec nous avons opté pour un processus que nous appelons le parrainage. Sur la base de ce processus de parrainage, nous avons fait évoluer une simple liste de vérification en une politique d’adhésion qui incorpore tous les aspects reliés à l’intégration de nouveaux membres. Cette politique traite des droits et obligations des membres en fonction de leur niveau d’engagement. Elle traite aussi des cas inévitables des départs en cours de projet.
Puisque rapidement il sera question d’argent, il est important de mettre des balises claires quant à l’utilisation qui sera faite des sommes investies. Durant la période d’adhésion, les membres potentiels sont invités à prendre une part active dans l’avancement du projet et ainsi à connaître et à améliorer son mode de fonctionnement. La période d’adhésion peut s’échelonner sur plusieurs mois en fonction de l’avancement du projet et de la quantité d’informations à intégrer. Six mois correspond au temps habituellement requis pour s’approprier le concept et libérer du temps dans son horaire pour participer pleinement au développement. Il existe probablement autant de processus d’adhésion qu’il existe de projets, il s’agira d’élaborer celui qui convient le mieux à votre groupe. Finalement, nous croyons en la capacité de chaque individu d'évaluer la pertinence d'intégrer pleinement un groupe ou non.
Partir de rien
La recette pour démarrer un projet de cohabitat tient en trois mots : réunions, réunions et réunion! Le cohabitat est d’abord et avant tout un projet à dimension humaine, et la constitution de la communauté passe nécessairement par un grand nombre de rencontres. Certaines seront formelles pour s’assurer d’un processus transparent et permettre l’intégration rapide du concept et des informations afin de prendre des décisions éclairées. Tandis que d’autres rencontres auront un caractère ludique afin d’apprendre à mieux se connaître. La préparation minutieuse de chacune des rencontres est de mise pour garder l’intérêt des adhérents et des futurs partenaires. La collaboration au processus de réalisation est une démarche essentielle pour développer un projet collectif et favoriser le sentiment d’appartenance. Il existe, sur le Web et dans plusieurs ouvrages, une documentation importante qu’il faut bien maîtriser avant de se lancer dans l’aventure. En effet, la réalisation d’un cohabitat peut s’échelonner sur plusieurs années. Les étapes initiales sont déterminantes quant à la viabilité du projet.
L’implication dans un projet d’une telle envergure agit comme un catalyseur. La mise en place de mécanismes d’identification et de résolution rapide des conflits est essentielle. À Québec, nous avons opté pour la méthode de communication consciente et non violente conçue par le psychologue américain Marshal Rosenberg. Cette méthode est utile non seulement pour développer un projet collectif, mais aussi dans la vie de tous les jours.
Ce qui distingue notre projet sur le plan environnemental est notre désir d’utiliser des sources d’énergie alternative, comme le chauffage solaire passif ou la géothermie, d’effectuer la gestion écologique des eaux usées ou encore de choisir des matériaux de construction sains et performants. Lorsque le terrain aura été sélectionné, il sera dès lors possible de détailler les choix écologiques et environnementaux que le groupe privilégiera.
Dans le monde de la construction très standardisé que l’on connaît aujourd’hui, la mise en œuvre de techniques dites « vertes » relève presque toujours de l’exception. Afin de sortir de l’ombre ou de redécouvrir des techniques de construction qui font à la fois du sens du point de vue économique, environnemental et social, il est important que des projets voient le jour et démontrent concrètement ce qu’il est possible de réaliser avec notre savoir-faire.
Poursuivre la réflexion
Cohabitat Québec organise régulièrement des soirées d’information sur le concept et l’avancement du projet. La prochaine rencontre aura lieu à Québec le 19 mai 2006. N’hésitez pas à nous contacter pour joindre le groupe de Québec ou encore pour obtenir des pistes pour démarrer un projet dans votre région. Au plaisir de faire connaissance!
Pour en savoir plus :
• Cohousing, a Contemporary Approach to Housing Ourselves de Kathryn McCamant and Charles Durrett, 2004, Ten Speed Press, Berkely ,California, État-Unis, 287 p. Creating a Life Together : Practical Tools to Grow Ecovillages and Intentional Communities de Diana Leafe Christian.
• Ecovillage Living : Restoring the Earth and Her People, Éditeurs Hildur Jackson et Karen Svensson.
• The Cohousing Handbook : Building a Place for Community (Chris and Kelly ScottHanson), Cohousing Resources LLC http://www.cohousingresources.com
• Canadian Cohousing Network : http://www.cohousing.ca
• The cohousing Association of the United States : http://www.cohousing.org
• Archibio, http:// www.archibio.qc.ca

